"J'ai trois mâles (guppy, platy, molly,xipho), combien je dois prendre de femelles?"
C'est une question récurrente, pour tant de mâles, combien de femelles doit-on avoir? Et vous avez sans doute eu différents sons de cloches en réponse. Parfois même pas en réponse à une question, on vous asséné une règle d'or, d'un air entendu, qu'il faut impérativement respecter. Mais alors, pourquoi donc entendez-vous toujours des réponses différentes? Un jour c'est 2 femelles pour un mâle, puis 3, etc...
La raison est simple: Il n'y a pas de règle. Alors d'où viennent ces règles sans réel fondement?
Il y a plusieurs origines et raisons à ces discours:
La première raison, c'est le surpeuplement. J'ai commencé l'aquariophilie au milieu des années 80, et déjà ces "règles" étaient en place. Je suppose qu'elles avaient déjà cours dans les années 70. Or, il faut bien comprendre qu'en ces temps éloignés, les us étaient bien différents. D'abord parce que le confort matériel que nous connaissons aujourd'hui était loin d'être atteint, les premiers aquariophiles devait faire avec ce qu'ils avaient (soit les moyens du bords) et les premières cuves d'aquarium étaient bien moins spacieuses. Simplement parce que la silicone n'existait pas, et que pour limiter la pression de l'eau les cuves étaient très peu profondes, par exemple un bac d'un mètre de façade pouvait faire 20 cm de profondeur. En conséquence, avec des volumes moindres, on maintenait les poissons en constante surpopulation. Et quand une espèce est surpeuplée, ça inhibe les comportements d'agression (en vrai, tous les comportements...). Ensuite parce la pratique a évoluée (dans le bon sens). Ce n'est pas tant le ratio, finalement qui jouait, mais simplement le fait d'avoir beaucoup d'individus au total qui réduisait les agressions de dominances.
Mais tout le monde n'était pas en surpeuplement: Cela dit même avec un nombre de poissons réduit, on était confronté à des volumes de maintenance trop petits (en comparaison de ce qu'on préconise aujourd'hui) et effectivement, pour le coup, ça faisait un effet inverse au surpeuplement, d'une part, ça exacerbe les comportements d'agression, et d'autre part les femelles ne pouvaient pas se trouver de "zone confort". Le principe était donc de proposer plusieurs femelles pour un mâle afin qu'elles soient courtisées et fécondées à tour de rôle, et donc puissent se reprendre de l'énergie entre chaque ponte. En vrai, on sait aujourd'hui qu'une femelle vivipare peut avoir plusieurs portées après une seule fécondation ( en effet, elles ont spermothèque pour stocker la semence du mâle). L'argument ne tient donc pas et pour tout dire, introduire des femelles supplémentaires dans un aquarium pour régler un problème, c'est reculer pour mieux sauter: Sur le moyen/long terme, ça ne règle rien.
La troisième raison: C'est tout simplement un réflexe d'éleveur. On produit la même quantité qu'on ait un mâle ou plusieurs dans un groupe de femelles. Il n'était donc pas nécessaire d'investir dans plusieurs mâles pour démarrer un élevage. De fil en aiguille le conseil "entre éleveur" s'est transmis au monde amateur, mais avec le téléphone arabe.
La quatrième raison est probablement purement commerciale: Quand vous vendez un couple, vous vendez 2 poissons. Quand vous vendez un harem, c'est 3 voire 4. Ça double chiffre de vente...
La cinquième raison est liée à l'élevage et aux couleurs: Pour l'avoir vécu, c'était très commun d'avoir des aquariophiles qui ne voulaient pas de femelles, parce que moins belles ("je veux que des poissons colorés"). Le résultat, c'est que les éleveurs se sont vite retrouvés avec des stocks de femelles sur les bras. Et ce discours était bien arrangeant parce que ça permettait de rééquilibrer les choses (notez qu'aujourd'hui ça pose problème aux éleveurs pour la raison inverse...).
Alors oui, c'est bien beau tonton Oscar, tout ton laïus, mais ça répond pas à ma question.
Chercher à savoir combien de femelles il faut avoir pour accompagner un mâle, c'est prendre le problème à l'envers. Sur un plan purement comportemental, les sujets qui vont être limités en nombre par rapport à un volume donné, ce sont les mâles. La première question à se poser c'est: "avec tel volume, combien de mâles je peux avoir?" Et pour répondre à cette question, il faut d'une part comprendre les mécanismes limitant, et d'autres part connaitre les facteurs qui les influent.
Les vivipares ne sont pas des poissons territoriaux, mais il est nécessaire d'attribuer un territoire "imaginaire" à chaque mâles. Concrètement, si par exemple dans un volume de 100 litres je mets 5 mâles juvéniles, avec le temps je remarquerai que seuls 3 d'entre eux développeront complètement leur couleurs et leur dimorphisme sexuel. Cela veut dire que seuls 3 mâles arrivent trouver leur place dans cet espace. Il n' y a pas réellement de défense de "territoire" de la part de chacun des mâles, mais il y a une hiérarchie qui s'instaure, accompagnée de "micro-agressions" de dominance. Les 2 mâles surnuméraires ne se développeront jamais complètement, voire finiront par périr au moindre stress supplémentaire. Il faut donc essayer de composer sa population et surtout le nombre de mâles en fonction du volume. Ensuite, si par exemple j'ai la place pour deux territoires, on comptera deux mâles maximum, et le nombre de femelles qu'on pourra mettre sur ces deux territoires importe peu (d'un point de vue comportemental... Il faut quand même rester dans le domaine du raisonnable par rapport au volume...), elles ne subiront pas de dominances.Parade de dominance chez Poecilia velifera "Léopard rouge":
La majorité des vivipares qu'on trouve en aquariophilie sont des lignées de sélection, parfois très éloignées de leur formes originelles, mais pas que: Elles ont été aussi créées par des processus d'hybridation entre différentes espèces, avec chacune leur propre caractère. Le résultat il est là: Personne ne pourra vous annoncer le volume nécessaire exact pour un molly, un guppy, un platy ou un xipho. Il y a trop de variations entre chaque lignage.Guppy forme naturelle vs forme de sélection:
Un autre point crucial: La présence de femelles accroît les tension entre mâles. S'il n'y a pas de femelles, vous pouvez maintenir plus de mâles.
Enfin, un volume annoncé tout seul n'est pas représentatif, l'environnement visuel, le brassage influeront sur la taille des "territoire". D'une manière générale, plus le brassage est important, moins la hiérarchie sera marquée (cela vaut aussi pour les espèces territoriales). Un scape chargé permet de recréer des zones de conforts plus nombreuses et réduit la taille des "territoires". Pour les formes naturelles, ou les sélections proches de ces formes, un décors constitué d'éléments présent dans leur milieu d'origine joue souvent en faveur des sujets dominés, leur permettant de se soustraire plus facilement de l'attention du dominant.
L'ajout d'éléments naturels peut faciliter l'adoption de zones de conforts pour les différents individus:
En conclusion: Il est possible d'avoir plusieurs femelles pour un mâle, mais ça n'est pas une nécessité. Ajouter 1 à 2 femelles en plus du couple de base, ça peut permettre d'avoir un effet visuel et esthétique sur l'ensemble de l'aquarium. Mais ça n'est pas une nécessité pour leur maintenance.
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